Blueprint of a Vineyard - Step by Step Part 2 (Voices 1)
Blueprint of a Vineyard - Step by Step Part 2 (Voices 1)
Transcript
Bienvenue sur la Kosher Teruah, je suis Simon Jacob, votre animateur pour cet épisode depuis Jérusalem.
Avant de commencer, où que vous soyez, veuillez prendre un instant pour prier pour le
retour sain et sauf de tous nos soldats et la restitution complète de tous les restes de nos otages.
Si vous êtes en voiture, veuillez vous concentrer sur la route devant vous.
Si vous vous détendez à la maison, veuillez ouvrir une délicieuse bouteille de vin casher et servez un
verre, installez-vous confortablement et détendez-vous.
Bienvenue de nouveau sur la Kosher Teruah.
Dans notre dernier épisode, nous avons abordé la première partie de l'architecture d'un vignoble.
Donc le vignoble est construit et les vignes poussent.
Maintenant, la donne change.
On passe de l'architecture à la gestion.
On a deux objectifs principaux ici : gérer le panneau solaire, les feuilles, et défendre la charge utile,
le fruit.
Parlons des feuilles d'abord.
Ça s'appelle la gestion de la canopée.
La vigne fonctionne à l'énergie solaire.
Les feuilles sont les panneaux qui transforment la lumière du soleil en sucre.
On pourrait croire que plus de feuilles, c'est plus de sucre, c'est mieux.
Faux.
Si la canopée est trop dense, trois mauvaises choses peuvent arriver.
La première, c'est la maladie.
Ça devient une jungle humide à l'intérieur, et le mildiou adore ça.
Aussi, on commence à avoir des saveurs végétales.
Si les grappes de raisin sont enfouies dans l'obscurité totale, elles accumulent un composé appelé
méthoxypyrazine.
Ça a le goût de poivron vert et c'est l'ennemi du vin rouge mûr.
De plus, si on pulvérise un fongicide biologique, il touche les feuilles extérieures mais ne touche jamais
le fruit à l'intérieur.
Donc, on se retrouve avec une pulvérisation inégale.
Alors, on opère.
On appelle ça l'effeuillage.
Généralement, du côté est de la rangée, le côté du soleil du matin, on effeuille la
zone des fruits.
On laisse les raisins nus.
Ça les expose au doux soleil du matin.
Ça brûle les saveurs vertes.
Ça durcit la peau pour qu'il ait plus de tanins et plus de couleur.
Mais du côté de l'après-midi, le côté ouest, on laisse les feuilles.
Pourquoi ?
Parce que le soleil de l'après-midi en Israël et en Californie, c'est un peu comme un rayon de la mort.
Si on expose les fruits à la chaleur de 15h, on obtient des saveurs cuites, de pruneaux et de raisins secs.
Donc, on sculpte la lumière.
Dénudé à l'est, habillé à l'ouest.
Mais maintenant, on fait face à une autre menace.
Quand les raisins mûrissent, ils changent de couleur.
Ça s'appelle la véraison.
Ils se remplissent de sucre.
Pour nous, c'est le chemin vers le vin.
Pour la nature, c'est en fait un appel à la nourriture.
Les oiseaux sont de loin l'ennemi le plus intelligent et le plus frustrant du vigneron.
Et ce sont des mangeurs difficiles.
Ils attendent que les raisins soient presque parfaits, à environ 22 ou 23 degrés Brix, et là, ils attaquent.
Ils ne se contentent pas de manger des raisins entiers.
Ils picorent.
Un coup de bec perce la peau, le jus s'échappe, les bactéries acétiques s'infiltrent, si bien qu'un seul grain picoré
peut transformer une grappe entière en une boule d'acide acétique ou de vinaigre qui ruine la cuve.
Alors, comment les combattre ?
On commence par le moins cher.
On accroche des bandes réfléchissantes et brillantes qui scintillent au soleil.
On fait voler des cerfs-volants en forme de faucons.
Le problème, les oiseaux sont incroyablement intelligents.
Ils se rendent compte en environ 72 heures, oh, ce faucon n'a pas bougé depuis trois jours.
C'est faux.
On va retourner manger.
Ensuite, on passe aux canons à propane.
Ce sont des machines qui se trouvent dans le vignoble et tirent un coup de fusil à blanc toutes les 20 minutes.
Boom.
Et aussi, on utilise des haut-parleurs qui diffusent des cris de détresse d'étourneaux qui se font massacrer.
Le problème, vos voisins vont vous détester, et à la longue, les oiseaux vont s'habituer au
rythme.
J'ai vu des oiseaux perchés sur un canon à propane, attendant le boum, complètement imperturbables.
Ou alors, on peut faire appel à l'aviation biologique.
C'est la solution élégante, la fauconnerie.
Certains vignobles engagent des professionnels qui viennent avec des faucons pèlerins ou des buses entraînés.
Ils font voler les rapaces au-dessus du vignoble à l'aube et au crépuscule.
En fait, ils n'attrapent pas les étourneaux, ils ne font que les effrayer.
Quand une nuée d'étourneaux voit un vrai prédateur, la peur est primale.
Ils dégagent l'espace aérien instantanément.
C'est 100% efficace, mais c'est cher.
On paie un pilote et un oiseau à l'heure.
Et puis, l'option nucléaire : le filet.
Si vous cultivez des raisins de grande valeur, peut-être sur une parcelle Grand Cru, on ne plaisante plus,
on pose des filets.
Il y a plusieurs types de filets.
Les filets latéraux, où l'on déroule de longues bandes de treillis qui couvrent uniquement la zone fruitière.
C'est comme une ceinture.
Ça arrête les oiseaux, mais ça permet aux feuilles du dessus de continuer à travailler.
Ou les filets sur rangs.
C'est le drapé.
On couvre tout le rang, de haut en bas.
On dirait un vignoble voilé.
Ça demande beaucoup de travail.
C'est un cauchemar à mettre et à enlever.
Mais si c'est fait correctement, ça garantit que le fruit que vous avez cultivé est bien celui que vous récoltez.
Encore une fois, on a construit le squelette.
On a géré le feuillage.
On a sécurisé le périmètre contre les oiseaux.
Maintenant, on doit parler de la sève du vignoble : l'eau.
Dans le Vieux Monde, dans des régions comme Bordeaux et la Bourgogne, l'irrigation est majoritairement interdite.
Ils comptent sur la pluie.
Ils sont à la merci du millésime.
S'il pleut trop, du vin dilué.
S'il ne pleut pas assez, du stress.
Mais dans le Nouveau Monde, et surtout ici en Israël, on traite l'eau différemment.
On ne considère pas l'irrigation comme de l'arrosage des plantes.
On le voit comme du contrôle mental.
Ça commence quand la vigne est un bébé.
Si on arrose une jeune vigne tous les jours pendant 20 minutes, on la gâte.
Les racines restent juste à la surface, attendant leur repas quotidien.
Ce sont des racines paresseuses.
Au lieu de cela, on fait quelque chose de contre-intuitif.
On inonde la vigne, puis on s'en va et on laisse la terre sécher complètement.
La vigne panique.
Elle se dit : j'ai besoin d'eau, et elle envoie ses racines en profondeur.
On attend.
On attend.
Jusqu'à ce que la vigne soit sur le point de défaillir.
Alors, on l'arrose à nouveau profondément.
On entraîne les racines à aller chercher la nappe d'eau.
On les force profondément dans le sous-sol.
Une fois la vigne mature, on utilise une technique qu'on appelle l'IDR, l'irrigation déficitaire régulée.
C'est l'art de la déshydratation stratégique.
Voici la biologie.
Une vigne a deux modes.
Mode A, la croissance végétative.
Je suis contente.
J'ai de l'eau.
Je vais faire pousser de longs sarments et de grandes feuilles.
Ou mode B, le mode reproductif.
Je suis stressée.
Je pourrais mourir.
Je dois faire des graines, des raisins, tout de suite, pour que mon ADN survive.
Les viticulteurs veulent le mode B. Donc, au début de la saison, on arrose.
Mais une fois que les fruits sont formés, on coupe l'eau.
On affame la vigne.
La vigne arrête de faire des pousses vertes et concentre toute son énergie dans les baies.
Les baies restent petites, ce que l'on veut.
Un rapport peau/jus élevé.
C'est un numéro d'équilibriste.
Si on la stresse trop, les feuilles jaunissent et le sucre arrête de s'accumuler.
Si on le stresse trop peu, le vin est dilué.
Comment sait-on quand s'arrêter ?
Autrefois, les vignerons allaient vérifier le sol du pied, peut-être en regardant l'angle
de la feuille, et disaient : « Mettez l'eau. »
Aujourd'hui, le vignoble est un cyborg.
Il est câblé.
Certains vignobles utilisent des drones, ou même l'imagerie satellite du vignoble.
Ils ne prennent pas d'images normales.
Ils prennent des images NDVI, l'indice de végétation par différence normalisée.
Celles-ci mesurent la lumière infrarouge qui se reflète sur la chlorophylle.
Le résultat est une carte thermique, et les viticulteurs la regardent sur un iPad.
La carte montre le vignoble en couleurs.
Bleu-vert, ces vignes sont vigoureuses.
Elles ont trop d'eau.
Rouge-jaune, ces vignes sont faibles.
Elles ont soif.
Avant, on irriguait tout le champ pareil.
Maintenant, on a l'irrigation à débit variable.
L'ordinateur dit aux lignes de goutte-à-goutte de donner plus d'eau au rang 10 et moins d'eau au rang 20.
On égalise la parcelle.
Mais ça devient encore plus fou.
On utilise maintenant des capteurs de flux de sève.
On perce une petite aiguille dans le tronc d'un cep sentinelle.
Il chauffe une petite impulsion de sève et mesure la vitesse à laquelle cette sève se déplace dans le tronc.
C'est littéralement la mesure du battement de cœur de la vigne.
Quand le soleil se lève, la sève circule plus vite.
Transpiration.
Quand la vigne a soif, le flux ralentit.
Le capteur envoie un SMS au téléphone de l'équipe du vignoble.
Le bloc 4 connaît un niveau de stress de 8.
Ouvrez l'eau.
Beaucoup d'équipes utilisent maintenant des dendromètres dans le vignoble.
Ce sont des micromètres qui se serrent sur le tronc.
Saviez-vous qu'une vigne rétrécit pendant la journée ?
En transpirant de l'eau, le tronc se contracte physiquement.
La nuit, elle boit et se dilate.
Le dendromètre mesure ces contractions microscopiques.
Si le tronc rétrécit trop et ne se redilate pas la nuit, nous savons que nous sommes
dans une zone de danger.
Alors, nous ne faisons plus seulement de la viticulture.
On pilote une machine biologique.
On a les données.
On a le contrôle.
Mais les données sont inutiles sans l'humain pour les interpréter.
Et ça nous amène à la dernière pièce du puzzle.
Les relations.
Parce que on peut avoir les meilleurs capteurs du monde, mais si le vigneron et le viticulteur
se détestent, on va faire du mauvais vin.
Donc on a parlé des roches, de l'ensoleillement, des clones et des capteurs.
On a conçu la machine parfaite.
Mais voici la vérité sur la viticulture.
Vous pouvez avoir le meilleur terroir du monde.
Vous pouvez avoir le porte-greffe français le plus cher.
Et vous pouvez avoir des données satellites transmises directement à votre iPad.
Mais si ceux qui dirigent le vignoble ne se comprennent pas, vous ferez du mauvais vin.
Dans chaque grand vignoble, il y a trois voix distinctes.
Parfois, dans une très petite cave, ces trois voix sont dans la tête d'une seule personne, ce qui
est une recette pour la folie.
Mais généralement, ce sont trois personnes différentes.
Et elles sont souvent en guerre.
On a l'agronome, on a le viticulteur et on a le vigneron.
Pour comprendre pourquoi le vin a le goût qu'il a, il faut comprendre la bataille qui se déroule
entre ces trois personnes au milieu d'un rang de Cabernet.
Rencontrons-les.
D'abord, l'agronome.
C'est le scientifique, l'universitaire, le docteur.
Quand un agronome entre dans le vignoble, il ne cherche pas le romantisme.
Il cherche des symptômes.
Il regarde une feuille.
Vous voyez une feuille verte.
Ils voient une carence en magnésium.
Ils regardent le sol.
Vous voyez de la terre.
Ils voient une infestation de nématodes.
Ils regardent une prévision météo.
Vous voyez une journée ensoleillée.
Ils voient une augmentation des taux d'évapotranspiration et une potentielle flambée d'acariens.
La motivation de l'agronome est la santé.
Ils veulent un organisme parfait, vert et florissant.
Les virus les empêchent de dormir.
Et ils sont terrifiés par l'oïdium.
Leur cauchemar, c'est une feuille qui s'enroule à cause d'un virus appelé l'enroulement.
Alors, leur instinct, c'est d'intervenir.
La vigne est malade.
Donne-lui des médicaments.
Pulvériser.
La vigne a faim.
Donne-lui à manger.
De l'engrais.
La vigne a soif.
Ouvrez le robinet.
C'est le chef de service de médecine à l'hôpital.
Il veut que le patient survive et s'épanouisse.
Mais comme on le sait, parfois, pour faire un grand vin, le patient doit un peu souffrir.
Et ça rend l'agronome fou.
Ensuite, on a le vigneron.
C'est l'agriculteur, le logisticien, celui qui a les bottes pleines de boue et les mains gercées.
Le vigneron ne se soucie pas des carences en magnésium dans l'abstrait.
Ce qui l'intéresse, c'est : « Est-ce que je peux faire passer un tracteur dans le rang 14 sans heurter un poteau ? »
La motivation du vigneron est la survie et le tonnage.
Et c'est là que le sale secret du secteur viticole éclate au grand jour.
Dans 90 % des contrats agricoles, le viticulteur est payé à la tonne.
Ils vendent les raisins au poids.
Faisons le calcul.
Si un cep de vigne produit 10 grappes de raisin, le viticulteur gagne 10 dollars.
Si le même cep de vigne produit 20 grappes de raisin, le viticulteur gagne 20 dollars.
Le viticulteur veut une récolte lourde.
Ils veulent de grosses baies juteuses, pleines d'eau.
Le poids, c'est de l'argent.
Par ailleurs, c'est le viticulteur qui doit s'occuper de la main-d'œuvre.
Si le vigneron dit qu'il faut vendanger à 3h du matin dimanche, le viticulteur est celui qui
doit dire aux 20 ouvriers fatigués de sortir du lit.
Le viticulteur est un pragmatique.
Il regarde le ciel et dit, il va pleuvoir.
Vendangeons maintenant.
C'est l'ancre de la réalité.
Et enfin, le vigneron, le chef, la diva, le visionnaire.
Le vigneron arrive dans le vignoble, et il est l'ennemi de tout ce que les autres
deux représentent.
L'agronome veut des vignes saines et robustes.
Le vigneron dit, non, arrêtez de l'arroser.
Je veux qu'elle souffre.
Je veux que les racines creusent.
Le viticulteur veut une récolte abondante de 20 grappes.
Le vigneron dit, non, coupez-en la moitié et jetez-les par terre.
Je veux de la concentration.
La motivation du vigneron, c'est le style et la note.
Ils s'en fichent si la vigne est heureuse.
Ce qui les intéresse, c'est si le fruit est intéressant.
Ils sont prêts à pousser la vigne au bord de la mort, en la privant d'eau pour concentrer
les sucres, l'exposer au soleil pour épaissir les peaux, juste pour obtenir ce goût si particulier
profil.
Alors imaginez la scène.
On est en juillet.
Il fait 35 degrés Celsius, 95 degrés Fahrenheit.
Les trois sont debout dans un rang de merlot poussiéreux.
L'agronome dit : les vignes sont stressées.
Les feuilles jaunissent.
Il faut irriguer immédiatement ou nous risquons qu'elles s'arrêtent.
Le vigneron dit : Je suis d'accord.
En plus, la récolte s'annonce légère.
Si on n'a pas d'eau, les baies vont se ratatiner, et je ne ferai pas mon quota.
Mets l'eau.
Et le vigneron hurle : « Ne t'avise surtout pas de toucher à cette vanne ! »
Pourquoi ?
Parce que le vigneron sait que si tu arroses maintenant, les baies vont gonfler.
Tu auras des arômes dilués, et tu feras un vin aqueux et fade.
Alors, qui gagne ?
La santé de la plante, le portefeuille de l'agriculteur, ou le goût du vin ?
Laissez-moi vous raconter une histoire sur le jour le plus douloureux dans le vignoble.
On appelle ça la vendange en vert.
Ça se passe à la véraison, quand les raisins changent de couleur.
Le vigneron regarde la vigne et voit 10 grappes.
Il sait que la vigne n'a assez d'énergie que pour faire mûrir 5 grappes de qualité grand cru.
Si elle essaie d'en faire mûrir 10, elles seront toutes médiocres.
Alors le vigneron ordonne un éclaircissage.
Il dit au viticulteur : "Passe dans les vignes et coupe 50 % des grappes, et jette-les simplement
par terre."
Pour un viticulteur, c'est un péché.
C'est même douloureux physiquement.
Imaginez dire à un patron d'usine de prendre la moitié de son stock et de l'incendier.
Vous marchez le long du rang, coupant des raisins parfaitement bons, des raisins que vous avez arrosés,
taillés, et protégés pendant des mois, et les laissant pourrir dans la poussière.
Vous jetez littéralement l'argent par les fenêtres.
Le viticulteur déteste le vinificateur à ce moment-là.
L'agronome pense que c'est du gaspillage.
Mais le vinificateur sait que c'est le seul moyen.
Alors comment réparer ce mariage brisé ?
Comment empêcher le viticulteur d'apporter de l'eau en douce aux vignes ?
Comment empêcher le vinificateur de ruiner le viticulteur ?
Tout se résume à deux choses : les contrats et la mémoire.
Les meilleurs domaines viticoles du monde, et les meilleurs domaines viticoles casher en Israël et en Californie,
ont arrêté de payer à la tonne.
Ils paient à l'hectare, ou à l'acre.
Le vigneron va voir le viticulteur et dit, par exemple : « Je vais vous payer 15 000 dollars pour
cet hectare de terre, point final.
Que l'on récolte 10 tonnes ou 1 tonne, je loue votre savoir-faire, je n'achète pas vos fruits. »
Soudain, la psychologie bascule.
Le viticulteur dit : « Ah, donc je suis payé la même chose même si je sacrifie la moitié des fruits ?
Et je n'ai pas à transporter autant de fruits lourds ? »
Tout à coup, le vigneron veut faire les vendanges en vert.
Les incitations sont alignées.
Ils sont maintenant partenaires pour la qualité, pas des adversaires pour la quantité.
Et enfin, l'arme secrète, les archives.
Un grand vigneron suit le vignoble avec l'acharnement d'un traqueur.
Ils n'achètent pas seulement du Cabernet du Golan.
Ils suivent la parcelle 4, de la rangée 10 à la 50.
Ils tiennent un registre.
En 2015, nous avons vendangé la rangée 10, elle a fait le Cabernet Réserve, 95 points.
En 2016, nous avons vendangé la rangée 10, elle a fait le Réserve à nouveau.
En 2017, on a choisi la rangée 10, à nouveau pour la réserve.
Sur 10 ans, on se construit un bilan.
On réalise que cette parcelle de terre spécifique, peut-être à cause d'une veine de calcaire ou d'une
courbe de la colline, est simplement magique.
Une fois qu'on le sait, la relation change.
L'agronome arrête de traiter les vignes comme des patientes et commence à les traiter comme des athlètes olympiques.
Le viticulteur arrête de les traiter comme une culture et commence à les traiter comme un bijou.
Et le vigneron ?
Le vigneron arrête de crier et commence à écouter.
C'est l'élément humain.
La technologie, les capteurs, les drones, la chimie, tout ça, ce n'est qu'un tableau de bord.
Mais le moteur, c'est cette relation.
Quand vous goûtez un vin qui semble décousu ou confus, vous goûtez souvent une relation compromise.
(Ce segment est fusionné avec le précédent pour une meilleure fluidité)
Mais quand vous goûtez un vin qui chante, quand le fruit est pur, la structure solide,
et la finale longue, vous goûtez un moment où le docteur, le vigneron et
le chef s'accordent tous sur exactement la même vision.
Alors, prenez du recul.
Regardez ce que nous avons bâti aujourd'hui.
Il y a quelques minutes, nous étions sur une colline aride et broussailleuse.
Il n'y avait là que potentiel et risque.
Maintenant, regardez autour de vous.
Nous avons analysé le macro-terroir, à la recherche de cette intersection parfaite entre l'altitude et
la latitude, où les nuits sont assez fraîches pour préserver l'acidité.
Nous nous sommes plongés dans le sol, choisissant le drainage, le gravier, ou le muscle d'argile, comprenant
que nous ne plantions pas simplement dans de la terre, nous plantions dans un garde-manger chimique.
Nous avons conçu la génétique, soudant le moteur d'un porte-greffe résistant à la sécheresse au châssis
d'un clone de Cabernet spécifique, créant une machine biologique conçue pour ce coteau particulier.
Nous avons construit le squelette, tordant les treillis pour protéger le fruit du soleil de l'après-midi brûlant
tout en captant les doux rayons du matin.
Nous avons connecté le vignoble à la matrice, en installant des capteurs qui nous envoient un message quand les vignes ont soif.
Et enfin nous avons construit l'élément humain, le fragile traité de paix entre l'agronome,
le viticulteur, et le vigneron.
L'architecture est complète, l'usine est construite, mais contrairement à une usine automobile ou à une
startup, on ne peut pas simplement actionner l'interrupteur et commencer à faire de l'argent.
Maintenant, nous entrons dans la phase la plus atroce de toutes : le silence.
Pour le vigneron moyen en France ou à Napa, on pourrait se permettre une petite récolte la troisième année
juste pour voir ce qu'on a.
Mais pour nous, pour le vigneron casher, nous avons la Loi de l'Orlah dans la Torah, dans Sefer Vayikra,
chapitre 19, verset 23, il est dit :
Pendant trois ans, ce sera interdit, vous ne pourrez pas en manger.
C'est l'épreuve ultime de foi.
Imaginez : vous avez dépensé des millions de dollars, vous avez payé le terrain, les tracteurs,
le fil de palissage, la main-d'œuvre, l'eau.
Vous avez sué pendant trois étés torrides, et la troisième année, les vignes, enfin,
produisent du fruit, de magnifiques grappes violettes et parfaites.
Et qu'est-ce que vous faites ?
Vous entrez dans le vignoble, vous les regardez, et vous les laissez tomber par terre.
Vous regardez des milliers de dollars de revenus potentiels pourrir dans la terre.
Vous ne pouvez pas les cueillir, vous ne pouvez pas les goûter, vous ne pouvez pas les vendre.
C'est une leçon d'humilité.
Pendant une récente visite avec mon ami Nadav Jesselson, propriétaire des vignobles Anava, j'ai demandé
lui comment il se sentait pendant la troisième année et en respectant la Orla.
Sa réponse était tout simplement magnifique.
Voici.
Vous commencez déjà à cultiver ces vignobles, mais quand vous avez commencé et que vous aviez
Orla, comment c'était pour vous ?
Alors, la troisième année, il y avait beaucoup de fruits sur les arbres, et nous avons fait venir des groupes pour les couper.
Et la raison pour laquelle on l'a fait, c'est qu'on voulait que les arbres se renforcent et ne pas
And the reason we did it is because we wanted, you know, the trees to strengthen and not
donner plus d'énergie aux fruits, parce qu'on n'a pas besoin des fruits.
Donc on les coupe.
Il y a une autre raison pour laquelle tu ne veux pas que quelqu'un mange les fruits.
Donc tu les coupes au ras du sol.
Donc, comme ça, tu empêches les gens de venir goûter les fruits.
Tu coupes juste les grappes.
Tu coupes les grappes.
Tu coupes les grappes au ras du sol.
Et plusieurs fois, des gens du groupe m'ont regardé et m'ont posé la même question.
Ils ont dit, comment tu fais ?
Ça ne vous brise pas le cœur ?
Donc psychologiquement, je leur ai dit ça parce que je ne pense pas que ces fruits soient à moi.
Et je crois vraiment que tout le concept d'Orla est de vous mettre dans l'état d'esprit
que ça, de vous apprendre la patience et de vous apprendre, vous savez, encore une fois, que ce n'est pas à vous.
Ne le prenez pas pour acquis.
Donc c'était facile pour moi.
Quand je les coupais, je n'ai pas eu l'impression que c'était du gaspillage.
J'ai eu l'impression que ces fruits ne sont pas pour moi.
Ces fruits ne sont pour personne.
Ces fruits ne sont pas mûrs.
Ce n'est pas bien de les manger.
C'est ce que j'ai ressenti.
Parce que quand tu arrives préparé, je pense, et que tu ne l'es pas, tout d'un coup tu penses que c'est à toi
et puis ça ne l'est pas.
Alors ça pourrait être, tu sais, un grand mashbir.
Mais pour moi, ça n'a pas été dur de couper l'Orla.
Au contraire.
Je trouve que c'est bon pour moi.
Je trouve que c'est bon pour les arbres.
Je trouve que c'est bon pour la terre.
Et c'était une expérience incroyable.
Et on a aussi, on a amené des groupes.
C'est un travail sympa.
Et une des choses qu'on essaie de faire ici, c'est de laisser des travaux que je pourrais donner à des groupes.
Je sens que c'est une de mes missions, obligations, tu sais, pour notre Navah, il s'agit de créer du lien.
Et c'est pour ça que, s'il y a des travaux dans le vignoble où je pourrais amener des bénévoles,
Je pense que c'est, pour moi, ça fait partie d'être agriculteur en Israël, c'est de permettre aux gens de venir
et toucher la terre et la sentir.
Donc c'était gagnant-gagnant.
Mais comme je l'ai dit plus tôt, les commentaires de Nadav, c'est une leçon d'humilité.
Ça nous rappelle que nous sommes les architectes, oui, mais nous ne sommes pas les propriétaires.
Nous nous associons à quelqu'un de bien plus grand que nous.
Mais ensuite, la quatrième année arrive.
C'est fin août, le mois d'Eloul.
L'air s'alourdit.
Les nuits commencent à s'allonger un peu.
Vous parcourez les rangs à nouveau.
Les vignes sont plus vieilles maintenant.
Leurs troncs sont plus épais, en bois, pas des jeunes pousses vertes.
Vous prenez une baie, la mettez dans votre bouche.
La peau est douce.
La graine est dorée.
La saveur explose, cassis, épice et poussière.
La phase d'architecture est terminée.
Le plan prend vie.
Le sucre est à 24 Brix.
On est prêts.
Le silence est rompu.
Les pompes se mettent en marche.
Les camions démarrent leurs moteurs et le chaos maîtrisé dont on a parlé.
C'est ici.
C'est maintenant.
Mais ça, c'est une histoire pour notre prochain épisode.
Je suis Simon Jacob.
C'était le Terroir Casher.
Merci de construire ce vignoble avec moi.
Ici Simon Jacob, de nouveau, votre animateur de l'épisode d'aujourd'hui du Terroir Casher.
Abonnez-vous sur votre plateforme de podcasts pour être informé de nos nouveaux épisodes dès qu'ils
sont publiés.
Si vous êtes nouveau sur le Terroir Casher, n'hésitez pas à écouter nos nombreux épisodes passés.